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Gabriel

 

Tout a commencé fin septembre avec un retard de règles de 10 jours. Benoit et moi souhaitions un 2 ème enfant, et j’avais donc arrêté la pilule au mois d’aout. Je ne m’attendais pas à tomber enceinte très vite car pour notre premier enfant cela avait mis + d’un an. On y allait donc tranquilles sans se mettre de pression. Une amie ma convaincue de faire un test quand je lui ai parlé de mon retard mais je n’étais pas très optimiste, je pensais que c’était juste un retard vu que je ne sentais rien du tout point de vue physique…

Et puis le soir, je fais le test et là grosse surprise j’étais bien enceinte, je n’en reviens toujours pas d’ailleurs, du premier coup !!!

A partir de là, ont commencé les petites échos de contrôle chez gygy où tout avait l’air de se passer normalement. J’étais déjà très stressée car je suis porteuse d’une translocation chromosomique qui peut être très dangereuse si elle se déséquilibre génétiquement. Bref elle serait responsable d’un lourd handicap dont ma sœur était atteinte jusqu’à ce qu’elle n’en meurt il y a 3 ans. Pas de chance j’ai hérité du gène familial. Je suis bien placée pour savoir les conséquences qu’occasionne un tel handicap dans une famille, sur les frères et sœurs, les parents entre eux etc. Je me suis toujours dit que je n’infligerai jamais ça à ma propre famille et à mes enfants.

Je savais donc que je passerai automatiquement par une amniocentèse pour chacune de mes grossesses.

Début novembre, je commence à avoir des saignements assez abondants pendant la soirée, je me dis ça y est, c’est fini je suis en train de faire une fausse couche. Il est 23h, je préviens Benoit que je dois partir à l’hôpital pour vérifier, il reste à la maison pour garder Guilhem. J’arrive à l’hosto en priant le bon Dieu qu’il me reprenne mon bébé s’il n’est pas normal, ça sera moins douloureux maintenant qu’après. On fait une écho et miracle le bébé va très bien, rythme cardiaque normal, fausse alerte. La 1ère écho des 12sa est nickel, le bébé bouge bien, tout est parfait, ça me rassure quand même beaucoup.

Cette fois ci j’étais plutôt positive car tout s’était bien passé pour Guilhem donc je pensais que ça serait pareil cette fois, réaction idiote car c’est un peu la loterie dans mon cas….

Le 3 janvier 2010, je passe mon amniocentèse tranquillement à 17sa et après ça commence les 3 semaines les + longues de ma vie où j’attends avec impatience le moment où mon gygy me dira que tout est normal et que je peux être rassurée.

Un samedi matin mon téléphone sonne, je reconnais le n°, ça y est je vais décrocher et j’aurai mon résultat. J’en ai rêvé cette nuit plusieurs fois et à chaque fois le gygy me dit que tout va bien.

Je décroche donc ce téléphone avec le cœur qui bat à 100 à l’heure, et là les mots résonnent encore dans ma tête : « je n’ai malheureusement pas de très bonnes nouvelles, votre bébé est porteur d’un déséquilibre chromosomique qui entrainera de lourdes défaillances mentales etc etc etc etc il faudra attendre la semaine prochaine pour l’interruption de votre grossesse si vous le désirez etc».

Le moment que j’ai redouté toute ma vie est en train de se produire, je n’ai plus de mots je suis choquée, je fais signe à Benoit que c’est mauvais et l’enfer commence, je sais que dans 1 semaine je n’aurai plus de bébé… Je pleure, je pleure, je pleure, je préviens mes proches qui sont consternés pour moi, j’ai mal rien que d’y repenser. Ne sachant plus quoi faire pour me sentir « bien », on décide de partir avec Benoit et Guilhem passer le we chez mes parents. J’arrive chez mes parents je m’effondre complètement, je sens mon bébé qui bouge de + en + comme s’il voulait me rappeler sa présence, mon corps se raidit à chaque mouvement, je veux qu’on me l’enlève, je ne veux plus le sentir, ça fait trop mal !!

Je comprends maintenant le vrai sens des mots « nuits blanches », je n’arrive plus à dormir, le bébé bouge tout le temps, je veux qu’on m’endorme et me réveiller sans rien dans mon ventre. Je pensais d’ailleurs à ce moment là que ça se passerait ainsi, je n’avais jamais imaginé que je pourrai accoucher par voie basse, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, c’était évident que vu sa taille on ne pourrait pas faire autrement. C’est ma sœur qui m’en a parlé et qui m’a fait comprendre que ça serait inévitable malheureusement, j’étais choquée, horrifiée, complètement anéantie. Ainsi j’allais devoir vivre cet accouchement comme n’importe quel autre, alors qu’au bout du compte ce n’est pas la vie qui m’attendrait mais la mort ! C’est tellement injuste !

Le we passe et au fil des jours, je réalise que c’est mon bébé qui va naitre, je ne peux plus le rejeter comme ça, il est là, bien présent, il n’y est pour rien, je l’aime et je dois l’accompagner jusqu’au bout. Je lui dis que je suis désolée de ce qui va se passer bientôt, je l’aime très fort et ça ne changera jamais. Je le caresse pour le rassurer.

Le mercredi matin je dois me rendre à la clinique pour prendre ce foutu cachet qui préparera mon col à l’accouchement. C’est une étape dure à franchir, le processus va commencer. Je le prends en pleurant car je sais ce que signifie ce cachet, je demande aussi quel est le sexe de mon bébé, c’est un garçon, je m’en doutais.

Je vois l’anesthésiste qui m’explique qu’on me mettra une péridurale pour la douleur, je connais ça j’en ai eu une pour mon ainé. Je rencontre également sur place la surveillante du service dans lequel je serai, elle a l’habitude de ces situations et parler avec elle me fait un bien fou, elle est tellement gentille, elle dédramatise tout ça avec exactement les mots qu’il faut, m’explique tout ce qui va se passer et me parle des différents choix que j’ai pour mon bébé, l’incinération et le jardin des souvenirs où sont placés tous ces petits anges, ou bien l’inhumation qui sera à notre charge. Je peux même avoir une petite cérémonie avec un prêtre si je le souhaite. Je pense opter pour l’incinération et les laisser s’occuper de tout ça pour le moment.

Je rentre chez moi et les jours passent, la panique grandit un peu plus chaque jour, j’ai peur du moment où je vais perdre mon bébé, je l’aime tellement, je sais que je me sentirai vide et seule sans lui. C’est insupportable mais Benoit est là et me console tant qu’il le peut. Il est le seul à me faire un peu de bien, je partage cette souffrance avec lui.

Le jeudi je prépare les affaires de Guilhem que je vais confier à mes beaux parents pendant mon séjour à la clinique. Le pauvre a bien compris qu’il se passe qqchose, malgré ses 21 petits mois il comprend que sa maman ne va pas bien du tout. Je lui explique donc ce qui va se passer, je lui dis que rien n’est de sa faute dans mon état, que je l’aime très très fort et que j’ai bcp de chance de l’avoir. Il me fait un gros câlin, trop émouvant.

Allez on part, c’est l’heure. Je suis admise dans la soirée à la clinique pour accoucher le lendemain matin. Evidemment je suis très stressée, Benoit m’accompagne, m’installe dans ma chambre et part, il reviendra le lendemain. La nuit est courte pour moi, impossible de fermer l’œil. La sage femme arrive très tôt pour me déposer dans le col le cachet qui va démarrer l’accouchement. Les heures passent et les contractions commencent, de + en + régulières et douloureuses. Le personnel médical passe me voir régulièrement et me rassure le + possible. Cette fois je n’en peux plus, j’ai trop mal je demande la péridurale. On me prépare donc à aller en salle d’accouchement mais manque de bol, je ne suis pas la seule à accoucher, et il faut qu’ils nettoient d’abord une salle avant de m’y installer, c’est extrêmement long et pendant ce temps je souffre vraiment, j’ai mal et je pleure. Enfin on vient me chercher après de longues minutes interminables, l’anesthésiste arrive et ça y est la péridurale est branchée, je ne sens plus rien, un énorme soulagement. Je me sens bcp mieux, j’arrive même à discuter tranquillement avec Benoit, je crois que l’effet anesthésiant de la péri me rend plus zen.

La sage femme passe voir où j’en suis régulièrement, je recommence à avoir mal malgré les doses que je me réinjecte, je l’appelle donc, elle vérifie, me remets une dose de péri et là je sens qu’il se passe qqchose, j’ai mal et d’un coup je perds les eaux, l’expulsion va vite venir. On appelle mon gygy, il arrive, je fonds en larmes, on me met un drap pour cacher tout ça. Je sens que le gygy va chercher mon bébé, ça y est il sort, aucun son, le silence total, je suis tellement désespérée, je ne le verrai pas tout de suite, ils vont d’abord le préparer.

Nous sommes le 29 janvier 2010, et mon bébé est né à 12h27. La sage femme revient peu de temps après avec un petit drap dans les mains, le bébé caché dedans, je suis surprise car ça a l’air vraiment petit. Elle me le montre ça y est je le vois, bizarrement je ne pleure pas, je le prends dans les bras, je le regarde, il est beau, si petit, il a l’air endormi, ils lui ont même fabriqué un petit vêtement comme une chemise de nuit. Tout y est, tout est parfait, la tête bien formée, les mains, les pieds, le petit zizi. Il s’appellera Gabriel comme l’ange Gabriel.

Je demande à Benoit s’il veut le prendre, il n’ose pas il s’effondre pour la première fois, il culpabilise de lui avoir fait ça. Je lui dis que c’est mieux pour tout le monde, pour lui, pour nous, pour son grand frère. Après quelques minutes je rappelle la sage femme pour qu’elle vienne chercher Gabriel, elle prend quelques photos pour nous laisser un souvenir de lui, elle l’emmène, je ne le reverrai pas avant la cérémonie prévue avec le prêtre dans 3 jours.

Comme prévu pendant ces 3 jours, je me sens vide, tellement seule, personne ne peut m’aider, apaiser ma douleur, ce manque abominable. J’espère que Gabriel me comprend qu’il a été bien accueilli là-haut, qu’il est heureux surtout. J’ai l’impression de l’avoir abandonné alors que je l’aimais tant. Je me dis que je l’ai privé de sa mère, je culpabilise. Ce sentiment ne me quittera pas tout de suite. Je me retrouve dans cette chambre, quasiment la même que pour mon premier fils, à la différence près que cette fois j’ai accouché et je suis seule, pas de bébé qui pleure, juste moi et mes larmes.

Le lendemain on fait une écho de contrôle pour vérifier qu’il ne reste plus rien dans l’utérus, voir cet écran tout vide me bouleverse, c’est un nouveau coup de poignard. Le dimanche arrive et je vais quitter la clinique, c’est comme si j’abandonnai mon fils une 2ème fois, c’est très dur de partir mais je reviens demain matin pour ma petite cérémonie.

Lundi matin nous retrouvons la surveillante qui nous conduit dans une petite pièce où elle a installé Gabriel dans un couffin. Je m’effondre encore une fois en le voyant, je le prends dans mes bras, il est si froid, il a déjà changé je trouve. Je lui ai rapporté une image de St Gabriel, + 2 autres images pour qu’il parte avec. Le prêtre arrive et nous commençons la cérémonie. Il finit en bénissant Gabriel et nous laisse seuls avec lui.

Il est temps de lui dire au revoir, je lui donne un baiser et nous partons. Le retour est très douloureux, cette fois je ne le reverrai plus. Il ne me reste que ses photos. On m’a arraché mon bébé, mes tripes. Il me reste 15 jours pour décider de ce que je veux faire de son petit corps. J’ai du mal à me dire qu’il va rester là bas alors que pour moi sa place est près de sa famille, j’hésite beaucoup à le faire inhumer dans le cimetière familial mais il est si petit, Benoit ne veut pas le voir perdu dans cette grande boite. Et surtout je n’ai pas la force d’organiser tout ça, tant pis je le laisse, il n’est pas seul, il a un petit Léopold né 4 jours plus tôt qui l’accompagnera et ils vont retrouver pleins de petits anges au jardin des souvenirs.

Maintenant commence le long travail de deuil, avec ses hauts et ses bas. Je redoute le silence des gens qui m’entourent, je ne veux pas qu’on oublie mon petit Gabriel, il est mon fils, il a le droit d’avoir sa place comme n’importe quel autre enfant dans une famille. Je l’aime, c’est mon enfant.

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